Alors que la Comtesse soutenait Marie Curie…

05/02/2016

Le legs Osiris a bénéficié à la lutte contre le cancer en aidant à la création de l’institut Curie. La Comtesse de Greffulhe, fidèle amie de Marie Curie, y est pour quelque chose. Jusqu'en mars 2016, sa garde-robe est exposée au Palais Galliera à Paris. L’occasion de revenir sur l’histoire de cette femme férue de science.

© Photographie de Paul Nadar, la comtesse Greffulhe portant la « Robe aux lys » créée par Worth, 1896 © Nadar / Galliera / Roger-Viollet

Au début du siècle dernier, la recherche de financement était tout autant essentielle à l’amorçage de projets qu’elle ne l’est aujourd’hui. Ainsi les actions de mécènes et de particuliers influents, au profit de la recherche contre le cancer, trouvent toujours un écho dans celles de leurs prédécesseurs. L’exposition de la collection de robes, plus fantastiques les unes que les autres, de celle qui fut la muse de Marcel Proust, lui inspirant le personnage de Guermantes, et qui créait la mode à la belle Epoque, est l’occasion de redécouvrir les défis que se lançait la Comtesse Greffulhe. C’est sans doute elle qui, en France inventa le fundraising ou levée de fonds auprès de la haute bourgeoisie : « elle fonde la Société des grandes auditions musicales et va transformer les bonnes œuvres en relations publiques ; pragmatique, elle lève des fonds, fait de la production de spectacles, de la promotion […] Parmi tant d’autres de ses combats, la comtesse se passionne pour les sciences – Marie Curie et l’Institut du radium… » raconte Olivier Saillard, directeur du Palais Galliera.

Elle osa en effet des actions encore inédites à cette époque : soirée caritative payante, courrier aux mécènes potentiels, même si elle ne les connait pas, pour permettre notamment à Marie Curie de financer la création de l’Institut du Radium ; devenu aujourd’hui l’Institut Curie. « La comtesse Greffulhe a rencontré les époux Curie par l’intermédiaire du directeur de la faculté de physique-chimie à la Sorbonne. (…) Elisabeth, qui leur a rendu visite dans leur laboratoire, s’intéresse vivement à leurs travaux. Depuis, elle leur témoigne discrètement son amitié et son admiration. » écrit Laure Hillerin, qui l’a ressuscitée dans une biographie très documentée qui se lit comme un roman.
Depuis 1904, la comtesse s’était impliquée avec succès dans les négociations menées par le vice-recteur de la Sorbonne pour acquérir un terrain qui devait permettre d’agrandir la Sorbonne. Celui-ci pourrait également permettre au projet d’Institut du Radium de s’implanter en plein cœur de Paris. « En mars 1907, elle monte un dossier pour solliciter l’appui financier de l’industriel et philanthrope américain Andrew Carnegie. Elle ne le connaît pas personnellement mais ce n’est pas là un obstacle de nature à l’arrêter, d’autant que sa réputation a depuis longtemps franchi l’Atlantique. (…) Elle joint le plan détaillée du projet de laboratoire, de la main même de Pierre Curie qui le lui avait remis un mois avant sa mort. « Les choses les plus rares sont les idées : je vous en apporte deux », écrit-elle, enthousiaste. En effet, au-delà du laboratoire Curie, pour lequel elle demande 500 000 francs, elle évoque un projet plus vaste, la création d’un institut scientifique international (…). »  Le milliardaire américain consentira un don important mais insuffisant pour soutenir la totalité du projet de l’Institut du Radium. C’est alors que la comtesse Elisabeth Greffulhe propose à l’Institut Pasteur, exécuteur testamentaire du financier et mécène Daniel Iffla dit Osiris, d’orienter « utilement cette somme en l’affectant à la création de l’Institut Curie. (…) Son idée sera retenue : le 15 décembre 1909, le conseil de l’Institut Pasteur décide de construire à frais communs avec l’Université de Paris, l’Institut du Radium. ». Aujourd’hui, le bureau et le laboratoire de Marie Curie, témoins de l’importance des travaux scientifiques des Curie, sont les pièces maîtresses du Musée Curie. Fort de ce patrimoine historique, ce musée labellisé « Maison des Illustres » y organise visites, conférences et projections.

  •  « La Mode retrouvée – les robes trésors de la comtesse Greffulhe»,
    Jusqu’au 20 mars 2016, au musée de la Mode de la Ville de Paris
    Palais Galliera, 10 avenue Pierre Ier de-Serbie, 75116 Paris
    Plus d’infos sur palaisgalliera.paris.fr
  • La comtesse Greffulhe : L’ombre des Guermantes Laure Hillerin (Flammarion, 2014)