Ana-Maria Lennon-Duménil, immunologiste, chef d’équipe à l’Institut Curie

« Je suis flattée d’incarner la recherche d’aujourd’hui à l’Institut Curie, en tant que femme, en tant que chercheuse, et donc en tant qu’héritière de Marie Curie, pour la campagne d’information et de sensibilisation sur les legs.

portrait de Ana Maria Lennon

Ce soutien est important pour financer les programmes de recherche et d’innovation dans la lutte contre le cancer à l’Institut Curie. Ces gestes d’une grande générosité sont porteurs d’espoir. A l’heure où l’Institut Curie déploie un projet stratégique ambitieux afin de jeter des bases nouvelles et durables pour la cancérologie du 21e siècle, ces gestes prennent encore plus de sens, aujourd’hui et pour les générations futures.
Je dirige à l’Institut Curie une équipe d’une dizaine de chercheurs. Nous étudions les mécanismes moléculaires impliqués dans la régulation des cellules du système immunitaire. Et nous cherchons à évaluer leur impact sur la réponse immune, notamment dans le contexte du cancer. Tout un programme à l’interface de l’immunologie, de la biologie cellulaire et de la biophysique !
Marie Curie était portée par une force extraordinaire

Quand je repense à Marie Curie, elle était portée par une force extraordinaire, comme du reste beaucoup de « fous de science ». Je me souviens aussi de mes premières années de recherche, à 22-23 ans, de ce moment d’une intensité très forte, euphorisant où je passais mon temps au laboratoire ou à lire des articles scientifiques, où je déployais une énergie incroyable jusqu’à quasiment ne plus dormir de la nuit sans que cela n’affecte ma santé. Les changements de vie – quitter son pays ; elle et moi l’avons fait – ne sont alors plus des sacrifices mais le choix de suivre sa passion. Marie Curie est exemplaire aussi dans sa persévérance à proposer quelque chose d’inimaginable à l’époque : que la matière émette de l’énergie, invisible de surcroît.
Il faut se souvenir de cela aujourd’hui pour que les chercheurs restent libres de prendre des risques et de choisir leur objet de recherche sans que celui-ci soit imposé par des contingences plus ou moins politiques. L’approche, à mon sens assez féminine, de Marie Curie, sa volonté d’aboutir à des applications médicales, montrent aussi que favoriser la diversité dans le recrutement des chercheurs – pour ce qui la concerne femme et étrangère – ne peut qu’être bénéfique pour la science. »

© Cécile Charré / Institut Curie